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Deux conférences pour penser la crise des « Missing and Murdered Indigenous Women and Girls » aux États-Unis et au Canada

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Aux États-Unis et au Canada, les taux de violence à l’encontre des femmes autochtones sont préoccupants, puisqu’ils peuvent être dix fois supérieurs aux moyennes nationales dans certaines régions. En 2016, une étude du Département de Justice états-unien concluait que 84% des femmes autochtones avaient subi des violences dans leur vie. Parmi elles, 56% avaient souffert de violences sexuelles et 66% avaient été victimes d’agressions psychologiques de la part d’un partenaire intime. La violence à l’encontre des femmes autochtones est le résultat de facteurs complexes et multiples, notamment liés à une histoire coloniale et ses avatars contemporains.

Dans ce contexte, Laura Cahier, coordinatrice du pôle Washington, a co-organisé deux conférences, en lien avec la crise des « Missing and Murdered Indigenous Women ». En partenariat avec l’Université de Colombie Britannique et l’Université de Georgetown, ces événements ont permis d’ouvrir des espaces d’échanges et de dialogues interdisciplinaires sur une problématique encore peu abordée dans sa dimension structurelle. Au cours des six derniers mois, un groupe de recherche (Georgetown Committee on Missing and Murdered Indigenous Women) a d’ailleurs émergé au sein de l’université de Georgetown, composé de Bette Jacobs, Marjorie Mandelstam Balzer, Sherally K Munshi, Julia Langley et Laura Cahier. Souhaitant stimuler les recherches académiques sur cette thématique, les membres de ce comité n’en restent pas moins persuadées de la nécessité de faire converger société civile, monde universitaire, professionnel.le.s du droit et politiques pour penser des réponses à cette crise. 

Du 10 au 12 juin 2019, une première conférence a eu lieu sur le campus de l’Université de Colombie Britannique (UBC), à Vancouver. Organisé quelques semaines après la publication du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées au Canada, cet événement a été marqué par la présence de Marion Buller (Premières Nations), juge et commissaire du rapport. Pendant deux jours, une centaine d’universitaires, journalistes, activistes et familles de victimes se sont rassemblé.e.s et ont pu échanger quant à cette thématique. Cette conférence a notamment dépeint l’ampleur et la gravité du phénomène, tout en soulignant les moyens de résilience et les possibilités de résistance qui existent dans les deux pays voisins.

Équipe organisatrice de la conférence de Vancouver, à UBC. De gauche à droite :
Marique Moss, Bette Jacobs, Ruth Buffalo, Margaret Moss. 

 

Groupe de danse, guidé par Loreleil Williams

Le 18 novembre dernier, une seconde conférence a eu lieu à l’Université de Georgetown, intitulée « Missing and Murdered Indigenous Women : Human Rights at Home ». Davantage centré sur la dimension législative et politique du phénomène, cet événement a fait intervenir Qajaq Robinson (commissaire de l’enquête nationale canadienne), Christopher Foley (avocat à l’Indian Law Resource Center) et Deb Haaland (représentante au Congrès U.S., D-New Mexico). Devant une audience d’environ 80 personnes, le panel s’est penché sur la dimension juridique de ce phénomène, ainsi que sur les possibles avancés législatives et politiques.

Panel de la conférence du 18 novembre à Georgetown University. De gauche à droite :
Bette Jacobs, Christopher Foley, Deb. Haaland, Qajaq Robinson

Qajaq Robinson, lors de la conférence du 18 novembre à Georgetown University

Intervention du public lors de la conférence du 18 novembre à Georgetown University

Lors de ces deux événements, une exposition a été organisée afin de proposer une réflexion davantage artistique sur la crise des « Missing and Murdered Indigenous Women ». Plusieurs robes, rouges et de toutes les tailles, ont été pendues en hauteur, faisant ainsi écho à l’initiative engagée de l’artiste de Jaime Black, avec son projet REDress :

« The REDress Project, focuses around the issue of missing or murdered Aboriginal women across Canada. It is an installation art project based on an aesthetic response to this critical national issue. The project seeks to collect 600 red dresses by community donation that will later be installed in public spaces throughout Winnipeg and across Canada as a visual reminder of the staggering number of women who are no longer with us. Through the installation I hope to draw attention to the gendered and racialized nature of violent crimes against Aboriginal women and to evoke a presence through the marking of absence. » [Source : http://www.redressproject.org/?page_id=27]

 

Exposition REDress à Georgetown University, lors de la conférence du 18 novembre 2019.

Souhaitant s’inspirer des initiatives menées par la société civile et travailler conjointement avec les associations de femmes autochtones, ce projet ne perd pas de vue sa dimension également académique. Dans les prochains mois, un premier article sera publié par le Comité de recherche de Georgetown dans une revue étatsunienne. Fruit de ces deux conférences, ce travail collectif visera à proposer une analyse historique, politique et juridique de cette crise, tout en explorant les possibles avancés législatives et les nécessaires changements sociaux.

Enfin, suite aux échanges avec les participant.e.s lors de ces deux événement, le groupe de recherche de Georgetown envisage une prochaine conférence en 2020, avec un spectre élargi à la fois thématiquement – notamment, sur la question des violences environnementales – et géographiquement – dans l’intégralité des Amériques.

Dernière mise à jour le 10/12/2019 - 17:44