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Journées internationales d'étude : « Décoloniser les sciences sociales : les voi(e)x d’une raison qui souffre »

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21/06/2019

"Décoloniser les sciences sociales : les voi(e)x d'une raison qui souffre"

Ces journées auront lieu le 21 et 22 juin 2019 au Campus Henry Christophe de Limonade (Cap Haïtien - Haïti).

La science comme fabrique de connaissances méthodiques se distingue d’autres formes de production de savoirs par certains critères de démarcation qui séparent l’espace de scientificité des espaces non scientifiques. Ces critères délimitent le lieu d’énonciation de la science ainsi que ses hors-lieux, même si, dans sa prétention de valoir partout et pour tous, l’espace de scientificité est conçu en réalité comme un « non-lieu » qui dénie, par principe, la validité et même l’existence des connaissances nées en son dehors. Ce non-lieu ou cet universalisme est, comme nous savons, le cœur de la scientificité, le terrain sur lequel s’édifient les sciences humaines et sociales, qui calquent leurs critères fondamentaux de démarcation sur les sciences dites « pures ».

Pourtant, les derniers développements des études décoloniales ont mis les sciences, particulièrement les sciences sociales et humaines, devant l’impossibilité de se rapporter à cet espace de scientificité, à ce (non)lieu universel d’énonciation, en montrant que les connaissances se construisent toujours depuis des expériences historiques qui sont géographiquement situées et qui répondent aux problématiques particulières des sociétés concrètes, même si les idées et les savoirs migrent et circulent toujours parmi plusieurs territoires. L’espace universel de scientificité se rapporte en réalité à une partie du monde bien localisée et surtout à une place : celle de la centralité, laquelle doit être comprise non seulement comme un point d’idéalité accessible en tous lieux selon des conditions d’accès différentielles, mais encore comme un artéfact venant à l’appui des exercices globaux de colonisation et de néo-colonialisme. Le problème de l’épistémologie moderne, qui est celui des critères de démarcation de l’espace de scientificité, ne se pose seulement du fait que celle-là s’élabore depuis l’Occident, mais plus précisément du fait qu’elle constitue un appareil d’occidentalisation qui se développe à partir des multiples pratiques d’infériorisation des autres formes de connaissance relevant d’autres expériences historiques, culturelles et sociales, d’autres géographies, et arrive à s’imposer ainsi à tous et partout. Les sciences modernes construisent alors leur universalité sur la destruction de la diversité des manières de connaître, ou suivant l’expression de B. de Sousa Santos, sur l’« épistémicide » inhérent à la colonisation.

Dernière mise à jour le 04/03/2019 - 11:00