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Bourdieu et les Amériques. Une internationale scientifique

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Ces journées d'étude ont pour objectif d’étudier l’internationalisation des sciences sociales, en prenant pour fil directeur les relations que Pierre Bourdieu entretenait avec des chercheurs des Amériques (principalement États-Unis, Mexique, Brésil, Argentine, Bolivie, Chili, Colombie). Pierre Bourdieu, le sociologue français le plus cité au monde aujourd’hui, a oeuvré sa vie durant pour la constitution d’un espace transnational de la recherche en sciences sociales. Dès les années 1960 au sein du Centre de Sociologie Européenne (CSE), il a développé des équipes internationales pour enquêter en Europe, au Maghreb, en Asie, aux États-Unis et en Amérique latine. Des boursiers brésiliens ont ainsi été accueillis au CSE et à leur retour, ils ont transposé ses travaux d’ethnologie rurale ou de sociologie des intellectuels aux réalités de leur pays. À l’EHESS puis au Collège de France, Bourdieu a invité des chercheurs étrangers de toutes disciplines. Ses collections aux éditions de Minuit puis aux Éditions du Seuil, ainsi que la revue Actes de la Recherche en Sciences sociales fondée en 1975, font partie de la création d’un espace scientifique transnational, avec les traductions d’auteurs tels que Goody, Goffman, Hirschman, Marcuse, Panofsky, Labov, Cassirer, etc. Comme le montre au début des années 1990 l’expérience de Liber, la « revue internationale des livres», ces collaborations font partie d’une entreprise collective engagée pour la « cause de la science » : Pierre Bourdieu est ainsi le nom propre d’une vaste « internationale scientifique », dont de larges pans sont encore peu connus.

La construction de cette véritable « internationale scientifique» n’a jamais été vraiment étudiée, alors que les réseaux transnationaux s’appuyant, dans les domaines les plus divers (sociologie de la culture, des intellectuels, des politiques publiques, des élites, etc.), sur les travaux de Bourdieu, n’ont cessé de se développer en France et à l’étranger, en particulier dans les Amériques du Nord et du Sud. La revisite des relations entre Bourdieu et les Amériques permettra de restituer les pratiques internationales qui ont contribué à l’élaboration de concepts, méthodes ou nouveaux champs d’études. Les Amériques constituent le premier moment d’une analyse des collaborations scientifiques avec l’Europe de l’Est, l’Algérie, le Japon, ou le Parlement international des écrivains ou le réseau ESSE – Pour un Espace des Sciences Sociales Européen. Il s’agira notamment de retracer la constitution de réseaux intellectuels autour de Bourdieu ou de ses collaborateurs du CSE : formation des chercheurs, édition et traductions, transferts de savoirs, co-animation de séminaires, co-réalisation des enquêtes, voire d’étudier l’impact sur les productions scientifiques locales. Aussi, il sera question de revisiter l’une des enquêtes fondatrices de cette internationale : les modes de domination dans l’économie des plantations en Amérique latine, des Andes aux Caraïbes. En articulant le travail de l’oeuvre et l’oeuvre au travail, ces journées se proposent de reconstituer l’histoire sociale de cette fabrication internationale scientifique, et de prolonger l’originalité de cette accumulation transatlantique des pratiques et des savoirs sur un enjeu contemporain majeur : la transformation des modes de domination.

Organisation: Afrânio Garcia, Marie-France Garcia, Amín Pérez, Franck Poupeau. 

Contact et informations: carmen.bailly@sorbonne-nouvelle.fr

Dernière mise à jour le 16/05/2019 - 17:27