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Appel à contributions Revue autrepart 'Les ONG à l'heure de la bonne gouvernance '

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01/09/2004
Depuis le début des années 90, la notion de ' bonne gouvernance ' est la référence majeure des organisations multilatérales d'aide au développement dans les pays du Sud. Définie comme ' l'exercice de l'autorité économique, politique et administrative en vue de gérer les affaires d'un pays à tous les niveaux ', elle ' englobe les mécanismes, les processus et les institutions par le biais desquels les citoyens et les groupes expriment leurs intérêts, exercent leurs droits juridiques, assument leurs obligations et auxquels ils s'adressent en vue de régler leurs différends' . Au-delà de cette définition minimale, un véritable corpus de recommandations a été développé en son nom par les grandes agences multilatérales de développement cette dernière décennie. Ce qui nous intéresse ici est qu'au sein de ce nouveau corpus, il s'agit pour les organisations multilatérales d'aider les ONG locales dans les pays du Sud car elles sont supposées représenter et défendre la ' société civile ', dans la mesure où l'un de leurs principaux objectifs serait de faire pression sur les gouvernements. Cette prise de position en faveur des ONG locales comme garantes de la ' bonne gouvernance ' est désormais défendue par les acteurs des organisations bilatérales et multilatérales (Banque mondiale, HCR, UNICEF, PNUD, OMS, ect) comme relevant de ce qu'ils considèrent être une nouvelle éthique du développement.

Ce soutien à des ONG locales contre l'Etat peut sembler paradoxal, puisque les agences multilatérales d'aide au développement sont l'émanation de gouvernements et que ces agences ont besoin de l'accord des gouvernements des pays dans lesquels elles sont implantées avant de pouvoir y mettre en ¦uvre leurs projets d'assistance. Cette caractéristique est à la base de nombre de critiques adressées à ces agences multilatérales, accusées d'être 'à la solde' des gouvernements.

Il est de plus étonnant de constater que, du côté de certains membres de la communauté scientifique les plus critiques vis-à-vis des agences de développement, les ONG locales sont également portées aux nues, bien que leur vision repose sur de tous autres présupposés théoriques. Selon ces derniers, les projets de développement des organisations internationales représenteraient le monde sur une échelle de progression linéaire, sur laquelle le Nord est avancé et le sud engoncé dans un traditionalisme statique, que seules les technologies modernes et les relations capitalistes peuvent transformer. Un tel 'discours' prendrait ses racines dans les relations néo-coloniales et fonctionnerait aujourd'hui comme un mécanisme de domination du Sud par le Nord. Dans un tel contexte, nombre d'entre eux considèrent que les ONG locales sont des nouvelles formes de résistance aux agences de développement, et cette vision est actuellement relayée par le courant alter-mondialiste. Cela apparaît comme une bien curieuse convergence.

A priori, l'appui aux ONG locales dans le cadre de la promotion de la ' bonne gouvernance ' pourrait être la dernière incarnation d'une préoccupation plus ancienne, soucieuse de favoriser l'appropriation des projets par les populations concernées. Inscrite dans la démarche des organisations internationales d'aide au développement, cette préoccupation a en effet pris de multiples formes ces dernières décennies, comme celle de la lutte pour la 'participation ' des acteurs locaux pour leur propre développement, dans le respect de leurs 'traditions'.

Grâce aux recherches de terrain les plus récentes sur l'aide au développement dans les pays du Sud, il semblerait cependant que les sens et les pratiques autour de la notion de ' bonne gouvernance ' relèvent, en fait, d'une nouvelle figure des politiques de développement.
Ce numéro d'Autrepart a comme intention d'analyser et comprendre, au croisement de regards disciplinaires multiples, les enjeux et les déclinaisons de cette convergence inattendue dans les sociétés asiatiques, africaines, mais aussi sud-américaines et est-européennes (ex-URSS et Europe de l'Est), en contribuant ainsi à replacer les modèles que l'on voit émerger dans une perspective plus empirique que théorique.
Les propositions devront, à partir d'exemples concrets, décrypter cette question en explorant les pistes suivantes :
* Des analyses des discours et des pratiques d'organisations multilatérales d'aide au développement. Des textes portant sur les racines historiques de ces discours et pratiques au sein de telle ou telle organisation, sur les écarts entre discours et pratiques, ou sur la variation des discours et des pratiques entre organisations seront par exemple appréciés.
* Des analyses de résistances locales qui se développent dans les pays du Sud face aux actions de promotion de la ' bonne gouvernance ' par les organisations d'aide multilatérale, dans le cadre des actions décrites dans l'appel à contribution. Des études de cas mettant l'accent sur les ambiguïtés des ONG (locales et internationales), ou encore sur des mouvements non-institutionnalisés de résistance aux actions d'aide au développement visées dans ce numéro seront bienvenues.
* Des analyses des prises de position récentes de la communauté scientifique sur ces thèmes.

Les intentions de contributions (titres, indication succincte du contenu) sont à adresser pour le 1er septembre 2004, les articles pour le 31 décembre 2004 à :

Revue autrepart
IRD
213, rue La Fayette
75480 Paris cedex 10
Tél. 01 48 03 79 11
Fax 01 48 03 08 29



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